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Tertiaire & BureauxNovembre 2026Par Jean-Claude Husson (IPRP)5 min de lecture

Tertiaire : le DUERP que personne n'écrit

« On est dans un bureau, pas sur un chantier. » Faux. Agressions de clients, travail isolé, charge mentale : ce que le document unique doit couvrir dans le tertiaire.

Salariée seule au comptoir d'accueil, pensive après une situation de tension

Scène vécue en agence

Un client entre dans une agence immobilière, en colère. Il repart dix minutes plus tard. La salariée reste secouée, l'équipe aussi. Trois semaines plus tard, l'inspection du travail débarque. Première question après le DUERP : comment évaluez-vous le risque d'agression au comptoir ? Rien. Pourtant la scène s'était répétée quatre fois dans l'année.

Le tertiaire n'est pas un territoire sans risque. C'est un territoire où les risques sont invisibles, donc absents des documents. Et l'inspection du travail ne fait pas la différence entre un casque et un clavier : elle demande le document unique dans les deux cas.

« On est dans un bureau, pas sur un chantier »

L'argument se retourne vite. Agressions de clients, charge excessive, visites seules avec des inconnus, écrans mal réglés, un incendie que personne n'a cartographié : le tertiaire a ses accidents — simplement, ils ne saignent pas au même endroit.

Le droit ne sépare pas non plus le physique du moral. Une agression verbale, une menace, une humiliation répétée, une situation de tension au comptoir : tout cela entre dans l'évaluation des risques professionnels (RPS), au même titre que l'échelle du maçon. La question à se poser est simple : où, quand, qui ? Si vos équipes croisent du public, le risque entre dans le DUERP.

Le cas de la pharmacie : le risque derrière le comptoir

Pharmacie. Le risque que personne ne note dans le DUERP : l'agression au comptoir. Vol de stupéfiants, client hostile, fermeture tardive, équipe seule en arrière-boutique. Les pharmaciens y pensent chaque soir en baissant le rideau. Presque aucun DUERP ne l'écrit noir sur blanc.

Un risque qui n'est pas écrit n'est pas évalué. Un risque qui n'est pas évalué ne protège personne — ni la titulaire, ni la préparatrice. Le DUERP d'une pharmacie n'est pas qu'un document d'hygiène et de manutention : c'est aussi la sécurité des personnes derrière le comptoir, à anticiper via un plan d'action de prévention structuré.

« On fait avec » n'est pas une mesure de prévention

Une salariée d'agence m'accompagne à une visite. Seule, avec un inconnu, dans un appartement vide. Je lui demande comment elle gère le doute. Elle me répond : « On fait avec. »

C'est exactement ce qu'un DUERP tertiaire doit corriger. « On fait avec » n'est pas une mesure de prévention, c'est un risque non traité. Le travail du document lors de la création du DUERP, c'est de nommer la situation, puis d'organiser la réponse concrète :

  • Visite signalée au bureau avant d'entrer dans les lieux.
  • Collègue joignable pendant toute la visite, avec consigne d'appel convenue.
  • Choix des créneaux : éviter les visites seul en fin de journée.
  • Procédure d'alerte si la situation tourne : numéro unique, réflexe d'appel.

Le meilleur DUERP est écrit avec ceux qui vivent le risque, pas à leur place. La formation est le moment où ce silence se lève : dans une salle, des agents de trois sites différents, et au moment de partir l'un d'eux me dit : « En quinze ans, personne n'était venu nous demander ce qu'on supporte vraiment. » Une prévention qui commence par écouter, puis qui écrit : c'est toute la différence entre un document conforme et un document vivant.

Ce qu'un DUERP tertiaire doit contenir

Point 1

Contact avec le public

Agression physique et verbale, menace, escalade de conflit au comptoir ou en rendez-vous.

Point 2

Travail isolé

Visites immobilières, ouvertures matinales, fermetures tardives, travail seul en arrière-boutique.

Point 3

Risques psychosociaux (RPS)

Charge mentale excessive, tensions internes, frontière floue travail-vie personnelle en télétravail.

Point 4

Risques matériels

Travail sur écran prolongé (TMS, fatigue visuelle), sécurité incendie, cheminements et câbles au sol.

Et le 5e point déterminant : les mesures existantes mais non écrites. Chaque « on fait avec » doit être transformé en mesure formalisée, grâce à une méthode rigoureuse pour évaluer et coter les risques sur le terrain.

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Questions fréquentes sur le DUERP dans le tertiaire

Une agression verbale est-elle un risque professionnel ?

Oui. Le droit ne sépare pas le physique du moral : menaces, humiliations répétées et tensions au comptoir entrent dans l'évaluation des risques professionnels et doivent figurer dans le DUERP dès que les équipes croisent du public.

Un bureau de 5 personnes doit-il vraiment avoir un DUERP ?

Oui, dès le premier salarié, quel que soit le secteur. Aucune activité n'est « sans risque » au sens du document unique.

Comment évaluer le risque d'agression au comptoir ?

En relevant les situations réelles : horaires d'ouverture tardive, travail isolé, motifs de tension (litiges, impayés, refus de vente), et en comptant les incidents déjà survenus — même non déclarés. C'est cette fréquence réelle qui fonde l'évaluation.

Qui écrit le DUERP quand il n'y a pas de « risque visible » ?

Le dirigeant avec les équipes, ou avec l'appui d'un intervenant en prévention des risques professionnels. L'essentiel est d'interroger ceux qui sont en contact avec le public : ils vivent déjà les situations à écrire.

Jean-Claude Husson — IPRP déclaré à la DRIEETS

Jean-Claude Husson, IPRP déclaré à la DRIEETS

Intervenant en Prévention des Risques Professionnels — DUERP, RPS, harcèlement, formation.

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