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DUERP — Méthode d'évaluation

Évaluer les risques professionnels : la méthode complète pour votre DUERP

Depuis la loi du 25 juin 2026, un DUERP absent ou obsolète peut coûter jusqu'à 4 000 € par salarié.

L'évaluation des risques professionnels est le cœur du DUERP : c'est elle qui transforme un document administratif en véritable outil de prévention. Pourtant, c'est aussi l'étape la plus souvent bâclée — listes de risques génériques copiées d'un modèle, cotation absente, aucune trace du travail réel.

Cette page présente la méthode complète d'évaluation des risques professionnels : les principes, les étapes, la grille de cotation et les erreurs à éviter.

Section 1

Les principes de l'évaluation des risques

L'évaluation des risques repose sur une démarche structurée, inscrite dans les principes généraux de prévention (article L. 4121-2 du Code du travail) :

  • Elle est dynamique : ce n'est pas un exercice ponctuel mais un processus révisé au moins chaque année et à chaque changement significatif.
  • Elle part du travail réel : on évalue le travail tel qu'il se fait — avec les raccourcis, les pics d'activité, les aléas — pas les procédures idéales.
  • Elle est collective : les travailleurs et le CSE sont associés, car ce sont eux qui connaissent le mieux la réalité des postes.
  • Elle couvre tous les risques : physiques, chimiques, biologiques, mais aussi psychosociaux (dont le harcèlement), routiers, liés aux troubles musculo-squelettiques...
  • Elle doit aboutir à des actions : une évaluation sans plan d'action est un manquement déguisé.

Trois notions à distinguer :

NotionDéfinitionExemple
DangerPropriété intrinsèque d'un élément susceptible de causer un dommageUn couteau, un produit chimique, une charge mentale excessive
RisqueCombinaison de la fréquence (probabilité) et de la gravité d'un dommage lié au dangerCoupure lors de la découpe, burn-out lié à la surcharge
Situation dangereuseCirconstance dans laquelle le danger rencontre le travailleurDécoupe en urgence sur un poste mal dimensionné
👉 Pour le cadre légal complet : Obligations légales du DUERP et DUERP – le guide complet.
Étape 1

Découper l'entreprise en unités de travail

On n'évalue pas « l'entreprise » d'un bloc : on l'évalue par unité de travail (recommandation INRS). Une unité de travail regroupe des postes homogènes par :

  • activité (atelier, service, chantier) ;
  • localisation ;
  • risques similaires.
Exemples : « Atelier de conditionnement », « Équipe support clientèle », « Chantiers pose », « Fonctions administratives », « Télétravail » — cette dernière unité est trop souvent oubliée alors qu'elle cumule risques liés à l'écran, à l'isolement, à la sédentarité et à la porosité vie pro/vie perso.

En pratique : visez 5 à 15 unités de travail pour une PME. Plus de 20, vous découperez trop fin ; moins de 3, votre évaluation sera trop grossière pour être utile.

Étape 2

Identifier les dangers et les risques

Pour chaque unité de travail, inventoriez les risques en croisant plusieurs sources :

Les sources internes

  • Observation du travail réel (terrain, à différents moments : heures creuses / pics de production)
  • Entretiens avec les opérateurs et managers (groupe de parole par unité)
  • Données : accidents du travail et de trajet, presqu'accidents, maladies professionnelles, absentéisme, turnover
  • Alertes : médecine du travail, CSE, droits d'alerte et de retrait

Les sources externes

  • Référentiels par branche (OPPBTP, fédérations professionnelles)
  • Notes et guides de la CNAMTS / INRS (notamment les familles de RPS)
  • Retours d'expérience sectoriels

La grille d'inventaire

Structurez l'inventaire par grandes familles de risques :

  1. 1Risques de chute, heurt, circulation
  2. 2Risques liés aux machines et outils
  3. 3Risques chimiques, biologiques
  4. 4Risques liés à la manutention et aux gestes répétitifs (TMS)
  5. 5Risques psychosociaux (stress, charge mentale, violences internes et externes, harcèlement, burn-out)
  6. 6Risques routiers, liés aux déplacements
  7. 7Risques liés aux ambiances (bruit, éclairage, thermique)
  8. 8Risques incendie, électriques, liés aux équipements de travail
  9. 9Risques ergonomiques (postures, écrans)
  10. 10Risques organisationnels (charge, horaires, management)

👉 Les RPS font l'objet d'un traitement détaillé : Risques psychosociaux : définition et typologie, et pour le risque de harcèlement : Harcèlement au travail : un risque à évaluer dans le DUERP.

Étape 3

Coter les risques avec la grille fréquence × gravité

C'est l'étape qui donne au DUERP sa valeur : hiérarchiser pour concentrer les moyens sur les risques majeurs (principe 4 de la hiérarchie des mesures de prévention : actions prioritaires sur les risques les plus graves et/ou les plus probables).

La grille de cotation recommandée

Fréquence/probabilité (F)

NiveauDescription
1 – RareJamais observé, peu plausible dans les conditions actuelles
2 – PossibleDéjà observé ailleurs ou antérieurement
3 – ProbableS'est déjà produit dans l'entreprise, conditions d'exposition réelles
4 – FréquentSe produit régulièrement ou en permanence

Gravité (G)

NiveauDescription
1 – MineureSoignée sur place, pas d'arrêt
2 – SignificativeArrêt temporaire, soins médicaux
3 – GraveArrêt long, séquelles, hospitalisation, AT grave
4 – CritiqueInvalidité, danger vital, décès — ou atteinte psychique majeure (burn-out sévère, syndrome post-traumatique)
Critère complémentaire — l'exposition (E) : nombre de salariés exposés et fréquence/durée d'exposition. Un risque modéré touchant 80 % des effectifs peut passer avant un risque grave mais très localisé.

La matrice de criticité : C = F × G (de 1 à 16)

G1G2G3G4
F4481216
F336912
F22468
F11234

Lecture de la criticité

CriticitéNiveauTraitement
12-16CritiqueAction immédiate
8-9ÉlevéeAction planifiée à 3-6 mois
4-6ModéréeAction à 6-12 mois ou réduction
1-3FaibleMaintien sous surveillance

De la criticité brute à la criticité résiduelle

L'étape qui distingue un DUERP sincère d'une simple liste de risques : pour chaque risque coté (criticité brute), inventoriez d'abord les mesures existantes — protections déjà en place, procédures, formations. Puis re-cotez le risque avec ces mesures prises en compte : vous obtenez la criticité résiduelle.

  • Criticité brute = le risque sans rien faire
  • Criticité résiduelle = le risque tel qu'il est réellement subi aujourd'hui
  • Ce sont les risques dont la criticité résiduelle reste élevée (≥ 8) qui appellent des mesures complémentaires — pas l'inverse

Cette approche évite deux erreurs symétriques : planifier des actions déjà couvertes par des mesures existantes, ou coter un risque « faible » en oubliant que les protections en place ne couvrent qu'une partie de l'exposition.

Pour les RPS, la cotation purement mathématique est insuffisante : croisez-la avec des indicateurs qualitatifs (climat social, alertes, enquêtes) — voir Prévention des risques psychosociaux : le guide complet.

Étape 4

Définir le plan d'action et formaliser le DUERP

Le plan d'action

Pour chaque risque dont la criticité résiduelle reste élevée (≥ 8), documentez dans le DUERP :

ChampExemple
Risque cotéAgressions de tiers au guichet (F3 × G3 = 9 ; mesures existantes : vitrage partiel → résiduelle 6… complément nécessaire)
Action de préventionVitrage sécurisé + procédure d'accueil + formation gestion des agressions
Hiérarchie de la mesureSuppression du risque → prévention intrinsèque → protection collective → EPI (ordre de l'art. L. 4121-2)
ResponsableDirectrice de site
Échéance31 mars
Indicateur de suiviNombre d'incidents déclarés, retour d'enquête climat à 6 mois

La formalisation

  • Mention pour chaque unité de travail : risques inventoriés, cotation, actions, dates.
  • Date de mise à jour visible (au moins annuelle).
  • Modalités d'accès pour les salariés, le CSE, la médecine du travail, l'inspection du travail.
  • Dépôt numérique pour les entreprises d'au moins 11 salariés.
👉 Détail des déclencheurs de mise à jour : Mise à jour du DUERP : quand et comment. Pour la confrontation au contrôle : Inspection du travail et DUERP.
Section 6

Les méthodes reconnues

Vous n'avez pas à inventer votre méthode : plusieurs outils structurés existent, à choisir selon la taille et les risques de l'entreprise :

MéthodeUsage principal
Grille de KinnyCotation qualitative fréquence × gravité, la plus répandue pour le DUERP
HIRARC (Hazards Identification, Risk Assessment and Risk Control)Démarche industrialisée : identification → évaluation → maîtrise
Arbre des causesAnalyse a posteriori d'un accident ou d'un presqu'accident pour en tirer des actions
QMQR / méthodes qualitativesDémarches participatives adaptées aux TPE
Référentiel INRSRecommandations et outils (ND 2230, guides sectoriels)
👉 Pour les RPS, le repère est le rapport Gollac / les 6 familles de facteurs (voir Risques psychosociaux).
Section 7

Les erreurs les plus fréquentes

  1. 1Le DUERP photocopié : liste de risques générique sans lien avec le travail réel — première cause de DUERP jugé non conforme par l'inspection du travail.
  2. 2L'oubli des RPS et du harcèlement : les risques psychosociaux doivent figurer explicitement, avec cotation et actions.
  3. 3Une cotation sans hiérarchisation : tout au même niveau, donc aucun pilotage possible.
  4. 4L'absence de plan d'action : des risques listés sans action datée ni responsable.
  5. 5L'évaluation faite seul dans son bureau : sans les travailleurs ni le CSE, l'évaluation manque de sincérité.
  6. 6La mise à jour oubliée : un DUERP de 3 ans d'âge est un DUERP non conforme (obligation annuelle de mise à jour).
  7. 7L'oubli du travail intérimaire, des sous-traitants et du télétravail dans le périmètre des unités de travail.

Un DUERP réellement travaillé vous protège ; un DUERP cosmétique vous expose. La sincérité de l'évaluation est aujourd'hui le premier critère examiné par l'inspection du travail.

Section 8

FAQ – Évaluation des risques professionnels

L'employeur en est juridiquement responsable. Il peut se faire aider (service de santé au travail, IPRP, consultant), mais la responsabilité de la démarche et du document reste la sienne.

Faites évaluer vos risques par des spécialistes du facteur humain

Notre spécificité : une évaluation des risques qui ne s'arrête pas aux risques « visibles ». Nous identifions les risques psychosociaux et les situations de harcèlement que les grilles standard ignorent — avant qu'un accident, un arrêt ou un contentieux ne les révèle.